Par Jules Mbuyu
Shilantembo (Haut-Katanga), 17 janvier 2026 – Il y a exactement 65 ans, dans une clairière isolée de Shilantembo, à quelques kilomètres d’Élisabethville (actuelle Lubumbashi), s’écrivait l’une des pages les plus sombres de l’histoire du Congo.
C’est là que Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, fut assassiné, mettant brutalement fin à un combat qui portait l’espoir d’une nation entière.
De la prison à la destination fatale
Arrêté en décembre 1960, Lumumba est transféré de Léopoldville vers le Katanga sécessionniste, alors sous le contrôle de Moïse Tshombe et soutenu par des intérêts étrangers.
Le 17 janvier 1961, il est embarqué de force dans un avion militaire en compagnie de ses compagnons Maurice Mpolo et Joseph Okito. Déjà affaiblis par des semaines de détention et de mauvais traitements, ils arrivent en fin d’après-midi à Élisabethville.
À leur descente d’avion, les trois hommes sont livrés aux autorités katangaises et à des officiers belges présents sur place.
Commence alors un long calvaire : insultes, coups, humiliations publiques. Lumumba, malgré les blessures, garde un silence digne, conscient que son sort est scellé.
La clairière de Shilantembo
À la tombée de la nuit, un convoi quitte la ville. Direction : Shilantembo, un endroit isolé, loin des regards.
Sous un ciel sombre, éclairé par quelques phares de véhicules, Lumumba et ses deux compagnons sont extraits du camion.
Les mains liées, ils sont alignés devant un peloton d’exécution composé de gendarmes katangais et supervisé par des officiers étrangers.
Selon les témoignages recueillis plus tard, Lumumba aurait refusé toute supplique. Il fait face à ses bourreaux avec calme. Quelques instants plus tard, les coups de feu claquent dans la nuit katangaise. Les trois hommes s’effondrent. Le silence reprend ses droits dans la clairière.
La disparition des corps
Craignant que leurs tombes ne deviennent des lieux de pèlerinage, les assassins décident d’effacer toute trace.
Les corps sont enterrés, puis plus tard exhumés, découpés et dissous dans l’acide. Ainsi disparaissent physiquement Lumumba, Mpolo et Okito. Mais leur mémoire, elle, devient éternelle.
Une blessure nationale toujours ouverte
L’assassinat de Patrice Lumumba à Shilantembo reste un traumatisme profond pour la République Démocratique du Congo.
Il symbolise non seulement la perte d’un leader, mais aussi la violence des luttes de pouvoir qui ont marqué les premiers pas de l’indépendance congolaise.
Soixante-cinq ans après, Shilantembo demeure un lieu chargé d’histoire et de douleur.
Se souvenir de cette nuit tragique, c’est rappeler que le combat pour la souveraineté, la dignité et la justice ne s’est jamais éteint.

